Guillaume Lemuhot

2009 © Guillaume Lemuhot - page consultée le 17.02.2019 à 21h14:33

Le net en tant que territoire

Les bases fondamentales d'internet en font un réseau de communication insubmersible. C'est actuellement le moyen de diffusion le plus efficace et le moins coûteux. Mais pour exister sur ce territoire, j'estime qu'il ne faut pas croire en une néo-utopia. Car une exposition virtuelle reste semblable à l'envoi d'une bouteille à la mer, si l'on n'est pas conscient que le Web ne se résume pas à un outil de publication. Dans le cadre d'une activité professionnelle, le Web ne représente qu'une étape dans la connexion entre l'objet et le client (Sur internet, ce terme désigne l'internaute qui accède à une page). Il est absolument nécessaire de développer son activité autour de cette diffusion plutôt que de concentrer tous ses efforts sur la publication et le référencement. Il faut sans cesse rechercher de nouveaux apports de contenu et communiquer avec le client afin de maintenir l'intérêt. Enfin, le Web est également un vaste territoire d'inspiration par son carnaval permanent de bloggeurs et d'avatars en tout genres. Une observation avisée de ce folklore peut enrichir le développement de projets online. En réaction à ce milieu, j'ai pour projet de réaliser une plateforme de création de marionnettes égocentriques. Le programme sous-jacent de la plateforme vise à créer des connections entre les avatars et d'inciter les contributions et l'initiative...

La particularité de ce milieu me permet d'espérer mettre en place une industrie artistique. Rassembler les activités liées aux applications de la recherche, les activités économiques qui produisent des biens matériels par la transformation et la mise en œuvre de matières premières, sur une plateforme organisée sur une grande échelle, tout en ironisant sur l'implication commerciale dans la pratique artistique. Par exemple, en remplaçant la notion d'abonnement par la notion de mécénat (à hauteur d'une somme de 5€), ou proposer des tarifs prohibitifs, afin de mettre en valeur des contenus gratuits... L'argent n'est pas à négliger, car son implication (projet de service) ou sa mise à l'écart (projet contributif) est à définir dans les bases de tout projet online visant à se pérenniser.

« Le néo-manager n'est-il pas, comme l'artiste, un créatif, un homme d'intuition, d'invention, de vision, de contacts, de rencontres de hasard, toujours en mouvement, passant de projet en projet, de monde en monde ? N'est-il pas comme l'artiste, libéré des pesanteurs de la possession et des contraintes de l'appartenance hiérarchique [...], et aussi [...] des hypocrisies de la morale bourgeoise ? Mais, à l'inverse, l'artiste [...] n'est-il pas, lui aussi, aujourd'hui, un homme de réseaux, à la recherche de producteurs, dont les projets réclament, pour s'accomplir, la mise en place de montages coûteux, hétérogènes et complexes, la capacité à s'entendre avec des acteurs distants et multiples, occupant des positions très diverses - de l'élu local, au chef d'entreprise, en passant par l'attaché du ministère. » (Luc Boltanski et Ève Chiapello : « Le nouvel esprit du capitalisme », p. 398-399)

Ma démarche artistique à venir est inspirée par le regard d'artistes comme Mark Napier (Riot) ou Christophe Bruno (Dadamètre), vis à vis des flux numériques et le capitalisme sémantique. La recherche de moyens individuels d'exposition, comme Ben Vautier à travers sa boutique sur la promenade des anglais à Nice, ou Gilles Mahé à travers Gilles Mahé & associés S.A., me permet d'imaginer d'autres débouchés à la production artistique, plutôt que le recours aux institutions ou le marché de l'art (marché spéculatif). Je ne cherche pas nécessairement un gain financier, mais principalement à entretenir un rapport privilégié et singulier avec le regardeur.

2009 © Guillaume Lemuhot - page consultée le 17.02.2019 à 21h14:33