Guillaume Lemuhot

2009 © Guillaume Lemuhot - page consultée le 21.04.2019 à 00h49:49

Sexe

Afin de poursuivre l'expérience initiée par « Star system », j'ai réalisé en 2006 un site internet intitulé :

« Excès de sexe online ».
« Bienvenue sur SEXE, le site 100% consacré au sexe online (gratuit et garantis). »

Intégralement textuel, ce site décline le mot sexe sous toutes ses formes, agrémenté des 360 adjectifs les plus fréquents de la langue française (sexe entier, sexe vide, sexe content, sexe pas, sexe vite, sexe simple, etc.). En bonne place figuraient dans le menu les mentions « FREE », « GRATUIT », « IMAGE », « VIDEO », « TELECHARGER »...

Ce site ne visait pas le flux naturel (internautes), mais uniquement le flux robotisé (googlebot), pour voir si Google reconnaîtrait ces pages comme les plus complètes en matière de sexe. Le choix du mot « sexe » est justifié par sa forte valeur sémantique sur le net. L'idée de ce site provient d'un constat fait sur les statistiques de fréquentation de mon premier site porte-folio.

Plus de 80% des visites proviennent des USA, ce qui est étonnant pour un site francophone dépourvu de traduction. Par ailleurs, toutes ces visites résultent d'un accès direct, c'est à dire sans référent. En effet, lorsque le serveur exécute une requête il dispose de plusieurs informations, dont figure la page de provenance à condition que l'accès résulte de l'appel d'un lien sur la page précédente. Par exemple, cette information est absente lorsque l'on inscrit directement l'adresse d'un site web dans la barre de navigation. En conclusion, ces mystérieux visiteurs ont exploré chacune de mes pages sans jamais cliquer sur un seul lien, y compris ceux de l'interface du site. Par conséquent, la fréquentation réelle de mes pages est très faible. La majorité du trafic sont générée par les robots des moteurs de recherche. Finalement, faute d'intéresser les humains, un site net peut donc éveiller l'intérêt des machines.

Le projet « Excès de sexe online » tend à évaluer cet intérêt mécanique ainsi que le carcan du référencement. Ce site peut-il être reconnu comme une performance attribuée au net-art ou comme un site pornographique ? Après indexation de par le robot de Google, ces pages ont ensuite été reconnues coupables de cloaking. Ce constat peut être effectué par un robot, par un humain, ou par un concurrent. Par la suite, les pages du site en question sont placées sur liste noire, ce qui pénalise grandement le site pour une durée de quelques mois, définitive ou jusqu'à ce que le site respecte les conditions d'indexation de l'outil.

Je dois cette pénalité au fait que mon site ne répond pas à la norme commerciale, qui veut que toute offre doit se conformer à la demande du plus grand nombre. Je reconnais volontiers qu'une personne qui inscrit le mot « sexe « dans le champ d'un moteur de recherche, désire un tout autre genre de site. Mais alors, comment surprendre, interpeller et signifier tout le potentiel d'un mot dans le contexte d'un réseau étendu d'informations ? Mon souci, c'est que le robot ne fait pas la part des choses et exclue purement et simplement tout ce dont il n'est pas préparé à interpréter.

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